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La génération de mai 68

Les contes du tome 2 décrivent l’histoire d’une génération et de son éducation, selon le deuxième sens des textes eschatologiques de la Révélation. Il est parlé des « générations » de la manière dont le fait Jésus : les membres de cette génération ne forment pas un bloc uniforme. Le conte vise plutôt le courant dominant du temps, tenu le plus souvent par des représentants qui possèdent le pouvoir, au moins au plan médiatique.

L’Envie, l’Orgueil et la Colère, tableau du peintre Edme Camille Martin-Daussigny.
L’Envie, l’Orgueil et la Colère (Edme Camille Martin-Daussigny)

L’origine de cette génération

Après la seconde guerre mondiale, le monde prit conscience de la monstruosité de la pensée qui venait de s’écrouler avec la découverte d’Auschwitz. Nul ne pouvait imaginer jusqu’où était allée l’horreur. Les groupes de réflexion humaniste et les peuples cherchèrent une nouvelle finalité capable d’aboutir au monde parfait rêvé. Unanimement, les peuples sortis de la guerre la trouvèrent dans une valeur cette fois apparemment infaillible : « Le bonheur se trouve dans la prospérité retrouvée, par le fruit de son travail et la consommation. » Peut-il sortir du mal d’un tel bonheur librement recherché ? La génération qui eut vingt ans en 1945 raisonna de la manière suivante : « Nous avons manqué de tout. Nous n’imposerons pas cela à nos enfants. » L’alpha et l’oméga de l’éducation devint souvent : « Que mes enfants ne manquent de rien. » Cette génération inventa la société de consommation. Elle se délecta dans la gourmandise enfin retrouvée. La croissance économique était là. L’idéologie de la société de consommation anesthésia toute résistance spirituelle. Elle plongea une génération et leurs enfants dans un culte de la matière dont il est très difficile de se désengluer. Les premiers suicides de jeunes, « parce que la vie n’a pas de sens », apparurent après cette époque.

Leurs enfants eurent 20 ans en 1968. C’était une génération qui avait été matériellement gâtée, bien que maintenue dans une discipline éducative. Elle avait fréquenté par habitude culturelle les cours de catéchisme, grâce auxquels elle avait reçu quelques principes moraux du christianisme. Après les traumatismes des deux guerres mondiales dont elle portait le fardeau de la conscience médiatisée, une minorité remuante de la jeunesse, dans une réaction adolescente, s’empara en mai 68 d’un nouvel idéal de bonheur, avec fougue. Cette minorité entraîna la majorité et créa pour cinquante ans une nouvelle pensée dominante. Elle exalta sans nuance des valeurs opposées à celles qui provoquèrent les deux guerres, liberté au lieu « d’obéissance », plaisirs au lieu de « sacrifice », droits au lieu de « devoir », individu et mondialisme au lieu de « patrie », sexe au lieu de mariage, etc. Des slogans devinrent sagesse : « Il est interdit d’interdire », « Jouir sans entraves ». La religion chrétienne fut rejetée avec tout le fatras d’une éducation bourgeoise et aliénante. Le comportement du pape Pie XII pendant la guerre fut réinterprété. On s’interrogea sur son silence. On compta comme négligeables ses actions concrètes pour le salut des Juifs. Partout, on entendait : « Si j’avais été le pape, je serais sorti du Vatican en portant l’étoile jaune. J’aurais fait un discours solennel. Les Nazis auraient eu peur de se mettre à dos des millions de catholiques. Pie XII se fit nazi par haine du communisme. »

L’orgueil

Le péché majeur de la génération de mai 68 fut sa foi dans sa puissante intelligence des choses de la vie. « Nos pères furent des idiots. Nous avons enfin compris que la tolérance absolue, les droits de l’homme sont l’Alpha et l’Oméga de la sagesse. » Son idole principale (le fondement de sa conception du bonheur) s’appelait « plaisirs et bonheur immédiats, sexualité libre et spontanée ». Il s’agissait à nouveau d’un monstre puisqu’on invitait chacun à tout lui offrir en sacrifice : mariage (un couple sur trois divorçait au nom du devoir d’être heureux tout de suite), enfants (un sur trois était avorté, « parce que cela vaut mieux pour lui »), vieux parents (souvent délaissés). Elle chantait sur les pavés de Paris : « Faites l’Amour, pas la guerre. »

Et sa fierté principale, ce qu’elle revendiqua tout au long de son temps, tient en cette phrase (Matthieu 23, 29) : « Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des Juifs. » Elle se construisit donc un monde démontrant son antiracisme, sa tolérance.

L’épreuve

« Dieu renverse les puissants de leur trône et élève les humbles ». Cette pratique de Dieu peut s’appliquer à chaque génération. Une fois cette sagesse comprise, chacun peut même aisément prévoir comment la génération suivante vivra sa fin du monde.

Et comme par une loi de justice immanente, la génération de mai 68 fut frappée, étape par étape, par où elle avait mis sa fierté.

La première leçon vint de son soi-disant rejet des totalitarismes. Elle se croyait pure de tout crime. Elle avait dénoncé les génocides nazis. Elle avait jugé ses collaborateurs, même lointains. Et ses élites avaient soutenu Mao, Pol Pot, Castro sans jamais faire repentance de leur aveuglement. Or, d’un coup, ce mythe de paradis s’écroula, en 1989, révélant à tous ce qu’on avait voulu se cacher à soi-même : le communisme avait été une véritable catastrophe mondiale, un génocide de classe d’environ 100 millions de morts, et des morts silencieux cette fois, qui ne vinrent pas comme le peuple juif, réclamer justice car Lénine, Staline et les autres avaient réussi à cacher le crime. Or cette génération, dans sa pensée dominante et médiatique, les avait globalement soutenus.

La deuxième leçon vint de l’échec de la plus belle de ses valeurs : la tolérance. Tout le monde que cette génération avait construit avait été pensé par réaction au sectarisme passé. Elle n’avait donc à la bouche que ces trois expressions : tolérance de l’étranger, tolérance des mœurs, tolérance des déviations tant qu’elles ne nuisent qu’à leurs auteurs. Il est une loi morale qui dit que le bien est dans un juste milieu, et le mal, dans l’excès. Vers 1990, apparut un incompréhensible phénomène : la haine, partout en Occident et de plus en plus inquiétante, de banlieues jeunes, islamisées et fécondes. Pour contrer cette situation, on construisit de l’amour à coup de stades pour le sport, d’équipements pour les loisirs et de naturalisations automatiques, y compris d’islamistes notoires. L’avortement de toute une génération[1] remplacée par des immigrés dont l’islam était souvent non intégrable, préparait en fait un triste réveil.

Après le 11 septembre 2001, il fut impossible de dissimuler l’échec plus longtemps : une société parallèle se développait partout. Les gens fuyaient certains quartiers. Lorsque des manifestants brûlèrent des drapeaux européens parce que le fait de manger du porc était ressenti comme une provocation, il y eut de l’inquiétude. Lorsque vinrent des attaques de rezzous venant des quartiers, avec pillage puis repli sur les bases de départ, il y eut de la dénégation : tristement crispée, partout en Europe et malgré l’exaspération de ses peuples, la génération au pouvoir s’efforça encore de camoufler les choses. Mais le réel est tenace, et d’un coup, tout s’écroula. En mai 2018, à la suite de séries d’événements dramatiques, par un curieux hasard, une nouvelle génération se leva, qui refit, à l’envers cette fois, mai 1968. Et l’on se mit à organiser des procès où furent traînés des dirigeants de la révolution de la tolérance. Triste retour de bâton. Triste fin.

La troisième leçon vint par son goût du plaisir. Cette génération avait soutenu une sexualité affranchie de tout devoir de fidélité. Le sida apparut en 1980 et vint atteindre de plein fouet la civilisation de la luxure. Ce ne fut qu’un avertissement, bien inutile selon l’Apocalypse 16, 9 : « Les hommes furent brûlés par une chaleur torride. Mais, loin de se repentir en rendant gloire à Dieu, ils blasphémèrent le nom du Dieu qui détenait en son pouvoir de tels fléaux. » Ils maudirent davantage le pape et son appel à la fidélité conjugale, que Dieu, auquel ils disaient ne pas croire. Puis vint l’autre épreuve, celle de l’âge qui rend plus rare le plaisir et surtout rend solitaire. Ce fut la plus terrible éducation. La Bible mettait en garde (Ecclésiaste 12, 1) : « Et souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence, avant que viennent les jours mauvais et qu’arrivent les années dont tu diras : « Je ne les aime pas » ; avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, la lune et les étoiles, et que reviennent les nuages après la pluie ; au jour où tremblent les gardiens de la maison, où se courbent les hommes vigoureux, où les femmes, l’une après l’autre, cessent de moudre, où l’obscurité gagne celles qui regardent par la fenêtre. Quand la porte est fermée sur la rue, quand tombe la voix du moulin, quand on se lève à la voix de l’oiseau, quand se taisent toutes les chansons. Quand on redoute la montée et qu’on a des frayeurs en chemin. Et l’amandier est en fleur, et la sauterelle est pesante, et la câpre perd son goût. Tandis que l’homme s’en va vers sa maison d’éternité et les pleureurs tournent déjà dans la rue. Avant que lâche le fil d’argent, que la coupe d’or se brise, que la jarre se casse à la fontaine, que la poulie se rompe au puits. »

Ce fut une triste vieillesse de solitaires sans enfants et sans espérance pour l’au-delà de la mort. Ce fut une pauvre cohorte de personnes âgées qui récolta les fruits d’un amour construit dans la seule immédiateté. La solitude fut sa dernière plaie. Ses enfants, élevés dans le culte du bonheur immédiat, n’eurent pas beaucoup le sens moral de visiter leurs parents dans les maisons de retraite. Pire, elle dut affronter dans la nuit l’approche de la mort car elle fut la première génération sans religion et sans prêtres. Dès les années 2000, elle avait senti approcher ce moment. Âgée de 60 ans à cette époque, elle se concoctait, partout en Occident, des lois pour s’euthanasier.

Salut

Ce portrait est humainement très pessimiste. Il ne l’est qu’au plan d’un jugement terrestre. Il doit être complété par son vrai sens spirituel. C’est par ces épreuves que cette génération, à l’image de toutes les générations précédentes, fut sauvée par Dieu. Frappée par où elle avait péché, ses membres de bonne volonté apprirent peu à peu l’humilité.

La plus grande épreuve arriva à partir des années 2020. Ce fut celle de sa confrontation avec l’apparition du Christ glorieux lorsque, un par un, ses membres passèrent la porte de la mort. Le jour du Seigneur fut terrible car il eut le pouvoir de dévoiler la vérité des cœurs. Le plus dramatique des événements et le plus doux aussi, fut la présence, avec le Sauveur, de la génération immense des enfants de l’avortement. Pas de condamnation dans leur regard. Et c’était cela, la plus grande des condamnations ! Car ce silence et leur accueil dévoilaient la plus grande des erreurs de cette génération : celle d’avoir sacrifié, par une ignorance due à sa superficialité et pour un bonheur passé comme l’éclair, ce qu’il y a de plus sacré : ses enfants.

Il y eut du merveilleux et du douloureux dans cette apparition. Du merveilleux car ces pauvres personnes âgées ne s’attendaient même pas à être accueillies ; jusqu’au désespoir, elles ne croyaient plus en rien. Du douloureux car il ne leur restait plus rien des illusions de leur jeunesse, ni la gloire, ni les certitudes passées.

Ainsi, tout s’acheva pour la majorité d’entre eux, dans le repentir et la Vie. Beaucoup, face au pardon proposé et considérant l’échec de leur idéaux, s’écrièrent, se frappant la poitrine (Matthieu 23, 29) : « Malheur à nous ! Nous fûmes des hypocrites ! Nous avions bâti les sépulcres des martyrs de la seconde guerre mondiale et décoré les tombeaux des justes, tout en disant : Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes. Ainsi, nous en avons témoigné contre nous-mêmes : nous fûmes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes ! Eh bien ! Nous avons comblé la mesure de nos pères ! Nous sommes des serpents, une engeance de vipères ! Comment pourrons-nous échapper à la condamnation de la géhenne ? Pourtant le Seigneur nous avait envoyé des prophètes, des sages et des scribes : nous en avons ridiculisé, calomnié dans nos médias et pourchassé de ville en ville, pour que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre ! »

Devant un tel repentir, Jésus put s’écrier (Luc 7, 47) : « À cause de cela, les péchés, les nombreux péchés de cette génération, lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on remet peu montre peu d’amour. »

Arnaud Dumouch, décembre 2005

 

1. Pour la France, 225 000 IVG chaque année depuis 1975 pour 750 000 naissances par an. [↩]

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