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Le baptême pour les morts

Par Elena Hanet et le père Domenico Piccinato, juillet 2007
en collaboration avec Arnaud Dumouch
 
Ceci n’est pas un conte. Il s’agit du récit de ce qui est
effectivement arrivé au lieu dit… le 16 juillet 2006.

Peinture de l’artiste canadienne Sylvie Roy.
Tableau de l’artiste Sylvie Roy

 

« Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. S’il en était autrement, que gagneraient ceux qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi donc se fait-on baptiser pour eux ? » (1 Corinthiens 15, 28).

Cette parole de saint Paul sur le baptême pour les morts est un mystère. Les Mormons l’ont interprétée en reconstituant des généalogies et en baptisant les hommes du passé dont ils retrouvaient le nom. Les catholiques en ont perdu le sens, sachant seulement que, d’après un dogme du pape Benoît XII au Moyen-âge, il est impossible de baptiser un homme « après son entrée dans l’autre monde », soit parce qu’il est déjà dans la grâce, soit parce qu’il l’a refusée pour toujours (Constitution dogmatique Benedictus Deus).

Et voici que, en 2006, à travers une série de délivrances d’âmes perdues entre ce monde et l’autre, cette pratique va reprendre sens.

Les crimes de Norbert

Norbert avait 50 ans en 1700. Il était fils de bourgeois et propriétaire d’un domaine dans le Brabant. Il était orgueilleux, assoiffé de pouvoir. Blessé dans son enfance par un père despotique, il y avait en lui beaucoup de violence se traduisant par une grande cruauté envers les faibles. Ne dit-on pas souvent que les enfants ressemblent à leurs parents ? Grand jouisseur, il fit de son domaine un rendez-vous de chasse où, après les battues, lui et ses amis prenaient du bon temps avec les filles de ses métayers. Le plus souvent, c’étaient de pauvres adolescentes qu’ils forçaient sans pitié, menaçant les parents de les chasser de ses terres s’ils parlaient. Lorsqu’une grossesse se déclenchait, l’enfant était souvent sacrifié dans des rituels de magie noire. Cela se passait dans la grange. Celle-ci est imbibée de sang, portant une sorte de malédiction pour les siècles à venir.

Norbert aimait se promener dans son « château ». Dans le parc, il avait un puits entouré de buis et, à environ cinquante mètres, un pont passant une rivière qui traversait la propriété. Il s’asseyait souvent sur le muret. Sa demeure avait beaucoup de petites fenêtres et était entourée de grands arbres. Malgré cette verdure, le tout était d’aspect lugubre, voire sinistre, imbibé de la noirceur de l’âme du maître des lieux. Sa cave débordait de bouteilles vides, de vieilles jarres qui étaient le souvenir de ses beuveries incontrôlées.

Norbert mourut d’une chute de cheval un soir où, après avoir assouvi ses sens d’une manière bestiale, il fut pris de délire et partit au galop, martyrisant sa monture à coups d’éperons dans les flancs, blessant le pauvre animal. Fou de douleur, le cheval se cabra et jeta le cavalier sur les pierres du chemin où il se fracassa.

Errance

Mais voilà que Norbert ne put trouver le repos de son âme et il resta errant, prisonnier de son domaine par les liens invisibles de ses vices et de sa culpabilité. Il hanta son domaine pendant trois siècles, et sa présence négative semait le malheur, d’époque en époque, chez ceux qui y habitaient. Beaucoup des âmes des enfants qu’il avait assassinés étaient là. A la fin, désespéré par la contemplation des enfants qui pleuraient et erraient avec lui, Norbert prit conscience du mal qu’il avait fait. Désormais, il était horrifié par son passé. Il voulait que tout s’arrête. Il voulait que les enfants soient heureux. Il faisait pitié à voir. Son repentir était sincère. Malgré plusieurs exorcismes et bénédictions faites par des prêtres au cours des siècles, rien ne changea. C’est que Norbert ne pouvait partir seul. Tous ceux qu’il avait entraînés dans son mal devaient être délivrés.

2006

Norbert était un homme de son époque. Il avait donc eu l’idée de prier et Dieu entendit ses prières. Il décida de se servir d’un instrument pour le délivrer. Il s’agissait d’une femme –Elena Hanet -, bien fragile et fraîchement devenue chrétienne à qui les anges donnaient pouvoir d’entendre l’appel des âmes de ce purgatoire qu’on appelle le « shéol ». Le Seigneur lui parlait simplement, comme une voix s’adressant à l’intérieure d’elle-même. Il l’appelait « la petite pâquerette », comme la fleur de pâques qui, au pied de la croix, annonce le renouveau. Elle ne connaissait rien à toutes ces histoires d’âmes errantes. Mais son caractère simple faisait qu’elle s’amusait de ces contacts, dans un jeu où son innocence lui permettait de ne subir aucun danger. Le Seigneur lui adjoint bien vite une aide, dans la personne d’un prêtre catholique fidèle à la foi et à l’Eglise, homme de prière très proche de Marie. Le père Domenico Piccinato écoutait les intuitions d’Elena, les triait, protestait quand elles paraissaient par trop bizarres et finissait toujours par reconnaître leur justesse et leur conformité à la foi.

Un soir donc, Elena entendit Jésus qui, par des inspirations très nettes et intérieures, lui racontait la lourde histoire de Norbert. Il lui donnait des détails et lui indiquait comment, avec le père Domenico, ils devraient procéder pour le délivrer. Elle vit que Norbert était assis sur son muret de pierre et écrivait longuement pour laisser un testament. Elle vit qu’il savait qu’il se passait quelque chose et que sa libération était proche. Elena, pour sa part commença à ressentir des souffrances de plus en plus fortes, comme s’il lui fallait participer par quelque sacrifice.

Le baptême pour les morts

Le dimanche 16 juillet 2006 fut le jour choisi par Jésus. Avec le père Domenico, la « Petite pâquerette » arriva vers 11 heures 30 au château qui leur apparut comme une vaste propriété, ayant besoin de restauration, et qui avait du être magnifique au temps de sa splendeur. Une lourdeur les envahit.

Les propriétaires actuels du château les accueillirent. Ils avaient fait appel à eux, ne sachant comment se débarrasser de ces présences malsaines qui gênaient leur vie. Le père Domenico commença à célébrer l’eucharistie. Elena assistait à la messe et entendit ou plutôt ressentit un premier ordre céleste : « A la sainte Trinité des trois pâquerettes, cherche les personnes ici présentes, protège les. La libération des lieux a commencé. »

Puis, poussée par une nouvelle intuition, elle se leva, ouvrit la porte de la chapelle et vit très nettement Norbert qui se tenait là, n’osant entrer. Les autres personnes présentes ne le voyaient pas mais sentaient bien tout ce que cette situation avait d’étrange.

Elena dit : « Rentre et viens t’asseoir près de moi ! » Le travail d’Elena était simple, dans toutes ces choses : elle se contentait de suivre les directives que lui donnait le Seigneur, comme un instrument et sans chercher à contredire quoique ce soit, à charge au père Domenico d’interpréter le sens des ordres reçus. Ainsi, au cours de la messe qui continuait son cours, arriva le moment de la consécration eucharistique. Jésus souffla à son instrument que Norbert n’était pas baptisé.

Elena demanda donc à Norbert, toujours assis à côté d’elle : « Tu es baptisé ou non ? » Il secoue la tête négativement.

— Et tous les enfants morts ?

— Impossible. Ils venaient de naître… »

C’était la catastrophe. Comment sauver ces personnes sans faire passer la grâce ? Et comment faire passer la grâce de Dieu sans la demander à travers le baptême ? Le père Domenico dit simplement au même moment :

« C’est maintenant que l’on baptise Norbert et les enfants. »

Il eut l’intuition d’utiliser le rituel simple pour celui qui est en danger de mort. Aussitôt dit, il le fit, en utilisant de l’eau et en prononçant ces paroles : « Je vous baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ».

Norbert avait sur son visage un rayonnement nouveau et de grosses larmes coulaient sur ses joues.

La délivrance des enfants et le démon

La messe étant terminée, les assistants, suivant les indications d’Elena, descendirent dans la cave, là où la propriétaire du lieu avait trouvé des ossements humains. Par la suite, nous apprendrons qu’il s’agissait d’enfants malformés. Leurs os sont les reliques de petits martyrs.

Elena suivait une à une les intuitions qu’elle avait déjà reçues les jours d’avant et trouvait tout comme elle l’avait vu. Dans cette cave, elle vit très nettement des visages d’enfants qui regardaient et elle entendit leurs gémissements.

Elena déposa treize chapelets sur le sol (un pour chaque petite victime sans doute). Quand ils remontèrent, les visages d’enfants avaient disparus. Elena n’entendait plus les gémissements. Mais tout le monde entendait les oiseaux chanter.

Aussitôt, chacun ressentit une présence nouvelle, violente et pleine de colère. Elena fut comme propulsée contre une porte de bois. Elle était couverte de cristaux de sel qui brûlèrent sa peau. Le père Domenico sentit le souffle puissant d’une entité qui lui frôla tout le côté droit du corps de la hanche au visage.

Elena, toujours comme un instrument de Dieu, entraîna tout le monde dehors pour couper quelques restes de liens. Elle conduisit le prêtre vers le pont où coulait la rivière afin qu’il bénisse le troupeau de vaches. Sur le pont, Elena vit un serpent surgir derrière le Père Domenico, le doubler sur la droite, pour venir se dresser d’une façon agressive au milieu du chemin juste en face de lui à environ un mètre. Il s’agissait d’une vipère aspic. Inconscient du danger et pensant avoir à faire à un animal normal, le père Domenico essaya de l’écarter en le tapotant avec les feuilles de papier qu’il tenait en main. Sans le toucher le serpent tomba, comme mort. Le propriétaire fit cette réflexion : « Il n’est sûrement pas mort. Méfiez vous. Sa morsure est douloureuse ». Mais le serpent était vraiment mort. Tous ceux qui étaient là eurent l’intuition qu’il y avait là un signe. Et effectivement, le démon vaincu était parti. Le domaine respirait un air nouveau. L’endroit ne paraissait plus lugubre.

Norbert, toujours présent et invisible sauf à « la petite pâquerette de Jésus », demanda : « Je peux partir maintenant ? » Elena le vit partir vers la lumière soutenu par deux anges. Mais, encore maintenant, il lui arrive de lui parler. Norbert est sauvé par son repentir et la volonté divine. Mais il faut encore prier pour lui. Son chemin, qui passe par d’autres purgatoires, est encore long vers la Vision béatifique. Les propriétaires de la demeure, impressionnés par tous les signes qu’ils avaient vus, se mirent à l’aimer et prièrent pour celui qui, maintenant, les aide de sa prière en retour. Les cœurs se sont tournés vers l’amour de Dieu et la propriété est prospère.

Conclusion :

Baptiser les morts peut paraître insensé. Pourtant, tout ce qui a été raconté ici a été fait dans la prière du cœur et l’instrument de Dieu (Elena) n’a fait que dire ce qu’il entendait.

Faut-il conclure que Dieu fait mentir son Église et que, quoiqu’en dise Benoît XII, pape, on peut être sauvé « après la mort » ? Non, bien sûr. Car Norbert, loin d’être « après la mort », vivait « dans le passage de la mort », passage que la Bible appelle « l’Hadès » et qui, par miséricorde de Dieu, est comme un prolongement de cette vie avant l’entrée dans l’autre monde. C’est cette période dont parlait le curé d’Ars à propos du salut d’un suicidé : « Entre le pont et l’eau, il s’est repenti ».

Pour Dieu, où est l’insensé ? Où est le raisonnable ? Ce qui est raisonnable pour lui, c’est que nul ne doit se perdre que librement et lorsque tout a été tenté, non seulement en cette vie, mais dans le « passage » entre ce monde et l’autre.

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